Maroc
Le 05/01/2015
Le Maroc a-t-il les élites politiques qu’il mérite ?
Maroc
1 500 communes, 29 000 sièges à pourvoir, 12 régions, 75 provinces, nos partis sont-ils capables de répondre à une telle offre ? La plupart des partis se soucient pour les sièges et leur capacité de négociation plutôt que pour la qualité de leurs élites.

 
Le Maroc dispose-t-il d’élites politiques?

 

A la veille d’une opération électorale des plus cruciales dans l’histoire moderne du pays, le Maroc passera d’un État centralisé à la régionalisation avancée, l’on se demande si les 35 partis politiques que compte le pays sont capables de présenter assez de compétences pour couvrir pas moins de 29 000 sièges à pourvoir à l’échelle des communes (plus de 1500 communes) et assumer la gestion des douze régions nouvellement créées ainsi qu’une multitude de conseils provinciaux et préfectoraux (il s’agit d’environ 75 provinces et préfectures). Les termes de cette problématique sont clairement posés dans le discours royal. «A moins d’une année des élections locales et régionales, je m’adresse à tous les acteurs politiques: Quelles élites et quels programmes avez-vous préparés pour assurer la gestion des affaires publiques ? Le grand défi auquel le Maroc fait face aujourd’hui ne concerne pas que la répartition des pouvoirs entre le Centre, les régions et les collectivités locales. Il porte plutôt sur le bon exercice de ces pouvoirs et l’impératif de les mettre au service du citoyen», avait dit le Souverain.
Bien sûr, c’est aux premiers concernés, les partis en l’occurrence, qu’incombe de répondre, par l’action, à cette interrogation qui les interpelle directement et sans ambages. En attendant, et vu le spectacle que nous offrent nos acteurs politiques d’eux-mêmes et de la pratique politique, l’on est tenté de se poser la question si, d’une manière plus globale, le Maroc connaît effectivement une crise d’élite. «Combien parmi nos partis comptent encore des intellectuels connus dans leur direction ?», s’interroge, non sans une pointe de défi, Mohamed Maâzouz, professeur d’anthropologie politique , pour mieux mettre en évidence cette crise d’élites politiques qui «ne contribue pas au développement du pays et aux aspirations de SM le Roi pour un Maroc moderne porté par une société de savoir». De même, estime-t-il, on ne peut pas prétendre parler de parité, d’équité sociale, de l’approche genre, d’ouverture sociale s’il n’existe pas de pensée moderniste dans nos partis. Or, sans élites intellectuelles, on ne peut pas parler non plus de pensée tout court. En conséquence, «la pensée politique restera plombée et freinée au Maroc tant que les partis rechignent à confier leur commande aux élites intellectuelles. C’est qu’aujourd’hui nos partis politiques ne pensent qu’aux sièges que peuvent leur rapporter leurs candidats. Les élites sont donc rejetées car il y a des lobbies au sein même des partis qui sont liés au positionnement ou aux intérêts financiers qui font que l’élite intellectuelle est écartée». Ce qui pousse souvent, explique le politologue Mohamed Darif, ces élites à renoncer à l’activité partisane et s’en aller s’épanouir dans la société civile. Laquelle société civile est en déphasage et même, souvent, en avance par rapport aux partis politiques. Mais c’est là un autre sujet.

 
S’il n’y a pas d’élites, c’est parce qu’elles ont été combattues par le passé

 

Bien sûr, l’argumentaire que servent certains partis, ceux dits historiques notamment, pour expliquer cette faillite, est que l’État (ou le Makhzen dans le temps) a activement contribué à cette dégradation des élites partisanes. Cette situation est liée, explique notre source, «au passé politique du pays, au blocage qui existait au temps où la démocratie était contrôlée et à la perception d’abord d’une sorte de peur qui existait dans les années 1960-70 par rapport à l’action politique. Elle est liée, ensuite, à une dévalorisation du champ politique à travers ce qu’on a vécu dans les conseils élus, dans les conseils municipaux, la falsification des élections pendant longtemps, dans les années 60-70, 80, jusqu’aux années 90, les mal élus, les notables au sens négatif du terme qui ont peuplé un certain nombre de partis politiques, le Parlement et les conseils élus».
En gros, laisse-t-on entendre, aussi bien auprès des partis comme l’USFP et l’Istiqlal ou encore des autres formations de la gauche, si les partis sont aujourd’hui pauvres en véritables élites politiques, c’est quelque part parce qu’elles ont été combattues dans le passé. Il n’empêche que le Maroc a connu, depuis, une grande évolution, les élites économiques, culturelles et sociales (la société civile) ont connu une remarquable métamorphose au cours de ces quinze dernières années. Même l’Etat a fait sa mue, portée notamment par la nouvelle Constitution et qui devrait se poursuivre avec la mise en place de la régionalisation avancée.

 
Le déficit en élites est-il du au manque de candidats?

 

Aujourd’hui, les instances du parti, ses listes électorales, ses élus, ses groupes parlementaires comptent de plus en plus de cadres et nettement moins de notables. Cela ne veut pas dire que des formations comme l’USFP ou l’Istiqlal ou encore, bien avant eux, le RNI, n’aient pas consenti un effort considérable en matière de renouvellement de leur encadrement et instances dirigeantes. Mais cela reste en deçà des attentes. Si bien qu’aujourd’hui ces partis manquent non pas d’élites, mais de ce que Mohamed Darif appelle «les élites influentes». Ce qui fait dire à ce politologue que, pour répondre à la question du début, les partis politiques ou du moins les plus grands sont aujourd’hui capables de couvrir dans de grandes proportions l’ensemble des circonscriptions électorales. «Chaque parti selon sa stratégie, affirme Mohamed Darif. Il y a des partis qui ont un réseau relationnel et des ramifications dans la société qui leur permettent de se positionner du point de vue électoral». La proximité des centres du pouvoir agit également en faveur des partis au gouvernement. Ils sont pratiquement courus par les notables. L’anthropologue politique Mohamed Maâzouz confirme, lui aussi, que «les partis sont parfaitement outillés et disposent d’assez de relais auprès des notables pour couvrir toute la carte électorale». Il recourent aux notables, qui ne sont pas des élites il faut le préciser, car celles-ci participent et animent le débat public, pour masquer leur carence en élites. Cela, bien que ces notables se font justement aider par les élites, qui se retrouvent de ce fait contraintes d’agir dans l’ombre, pour construire leur discours. Et ce, «à telle enseigne que n’importe qui, est aujourd’hui capable de produire en public un discours politique et économique cohérent », affirme Mohamed Darif. Pour ce politologue, la responsabilité de cette situation de crise incombe aux partis.

C’est donc de la responsabilité des partis de chercher des cadres et des élites pour les encadrer avant de les présenter aux élections. L’opération « portes ouvertes » que la plupart de nos grands partis ont organisée pour attirer les notables pourrait bien servir pour capter les élites. A condition bien sûr que l’appât soit alléchant, l’offre politique intéressante et la démocratie interne garantie.

 
Il y a élites et élites

 

Que veut-on dire exactement par élites politiques ? C’est une question qui mérite d’être posée, estime le politologue Mohamed Darif. Au-delà d’une conception étriquée et électoraliste, le concept des élites politiques suppose deux définitions. L’une réductionniste qui considère que pour qu’une personne fasse partie de l’élite politique, elle doit appartenir au cercle restreint de la prise de décision. Une acceptation plus large accorde cette qualité à toute personne exerçant une activité politique et disposant de moyens d’influencer les autres. Ce ne sont donc pas seulement ceux qui s’activent dans un parti politique qui peuvent être considérés comme des élites, et encore ! Car, estime ce professeur de sciences politiques, il existe des cadres et dirigeants de partis, et ils sont nombreux, qui n’exercent aucune influence sur autrui et ne peuvent donc pas être considérés parmi les élites politiques. De même que la société civile regorge de personnes qui ont renoncé, pour une raison ou une autre, à militer dans des partis et n’en exercent pas moins une activité politique dans des associations à caractère politique. Des militants, surtout ceux de la gauche, ont définitivement tourné le dos aux partis car incapables d’y exercer une quelconque influence ou ne s’y retrouvent plus, en termes d’idées et de conceptions politiques, et ont préféré s’activer dans des associations à caractère politique ou droit-de-l’hommiste.
Dans le cas du Maroc, les élites politiques sont souvent réduites aux élites partisanes et parlementaires. Or, là encore, il convient de distinguer entre les élites actives au sein des partis, les personnalités actives au Parlement et dans les conseils élus qui n’exercent forcément pas souvent une influence sur la scène politique et, enfin, les élites gouvernementales, ou ce qu’il convient d’appeler dans le jargon politique les «ministrables». Ces derniers sont des élites choisies à l’extérieur ou à l’intérieur des partis. Et même lorsqu’ils disposent d’une étiquette partisane, ils peuvent agir en toute autonomie par rapport au groupe parlementaire de leur parti et même par rapport au parti lui-même.

Auteur : 
Tahar Abou El Farah, www.lavieeco.com, 2014-10-27
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